lundi 13 avril 2009

REDUCTION > Intuition

La mise entre parenthèses (épochè) est une opération dont le caractère opératoire signe bien plus une conversion qu'une réduction de type kantien, strictement épistémologique. L'habilitation à la fonction de connaissance est tout à fait seconde et déléguée. Ensuite la réduction est une double opération : a) "réduire" signifie poser un garrot pour prévenir l'hémorragie de sens cimenté caractéristique de l'attitude naturelle. b) Mais "réduire" a une seconde connotation médicale. Le chirurgien réduit une fracture, c'est-à-dire qu'il redresse une discontinuité osseuse, une cassure, ou une fracture. Ici la réduction est rétablissement d'une "solution" de discontinuité critique.

Que peut-on en déduire qui puisse caractériser une solution de discontinuité quant à la démarche husserlienne ? N'oublions pas que Husserl ne cédera jamais sur l'intuition éidétique, acquise dès les Recherches logiques. Toute connaissance propre et initiale s'enlève en intuition qui livre les choses mêmes en chair et en os. Mieux : c'est en intuition que s'établit la conversion. Husserl a beau tenter de fortifier sa conception du sujet, en le frappant de la fonction de l'Ichpol (pôle du je), il n'en demeure pas moins que la réduction prépare l'en chair (réduite par un garrot) et en os (redonné par rectification d'une fracture) de l'intuition éidétique. En somme le sujet transcendantal est un intervenant culturel extérieur préparant culturellement, noético-noématiquement, l'accès à l'incubateur comme intuition qui est dans et par le réel. Enfin la structure vive de l'intuition est la circulation tautologique, mais en profondeur créatrice, de la réduction comme donation. A réellement parler, la réduction-donation est intra-intuitive et ouvre la porte de l'immanence réelle, immanence en qui "il" convient de demeurer. Ce "il" n'est plus le sujet ou l'homme mais directement le "il y a" signant l'installation en l'immanence de l'homme ou de ses succédanés. L'intuition éidétique est donc un « incubateur de transsubstantiation », ou encore un « cristal stéréonomique » de pensée réelle.

Du surcroît, ce cristal vit vivement, c'est-à-dire en vif de réel. L'arêtè de la sensibilité théoricienne est précisément l'équation, et non plus l'adéquation métaphysique, en laquelle fuse - profondément - la réduction dans la donation, et inversement. Un monde de la vie s'imprime par transfusion de la réduction dans la donation et de la donation dans la réduction. En bref désormais : le monde de la vie, auquel Husserl aborde terminalement sans armes théoriques, est un monde de vie dans le vif de pensée réelle. L'équation sensible et donc instinctive de la donation et de la réduction est la base épaisse (ou profonde) du domaine à traverser existentiellement. Ce domaine, on le nomme géométral interne. (2001)