jeudi 11 décembre 2008

INVENTION > Europanalyse

Un texte de recherche, dans lequel l'invention est en train de se faire, combine l'analyse réelle antéprédicative avec la présentation externe unidimentionnelle ; il livre non seulement des résultats synthétiques mais aussi sa propre gestation continue. L'invention n'est autre que le réel de l'interne, là où les sciences scientifiques distinguent la pensée (intérieure) et le réel (extérieur), là où la culture partage la philosophie et les sciences. Leur unification europanalytique est en marche. D'ailleurs les sciences forment malgré elles une sorte de grand texte en invention, dont l'unité publiée est l'article davantage que l'ouvrage à valeur temporaire. Les coupures décisives qu'enregistre pour sa part l'épistémologie ne sont que phénomènes en surface expressionnelle, ignorant l'antéprédicatif. A fortiori, les textes europanalytiques constituent un seul texte en invention antéprédicative, par-delà ces îlots communicationnels que sont les livres publiés. La méthode par laquelle le texte s'auto-révèle en textes locaux - lesquels se révèlent être un seul texte - s'invente elle-même sous les traits d'une esthétique culturelle transformant la méthode réelle d'aisthesis en phénoménopathie générale. Le texte de 1982 : Les fondements de la phénoménologie husserlienne souligne déjà une em-pathie caractéristique du texte phénoménologique husserlien, permettant d'émettre l'hypothèse d'une "phénoménologie première". Le thème de l'intersubjectivité fait symptôme en résistant à la discipline de l'épochè phénoménologique, faisant vaciller la problématique de l'objectivation transcendantale basée sur le couple noético-noématique. La phénoménopathie substitue à cette problématique une emblématique de l'objectivité réelle. Le Logos philosophique s'avoue hanté par un Réel anté-philosophique à laisser inventer ; en l'occurrence le code programmatique de la phénoménologie se révèle engrammatiquement encodé. L'équation problématique mise en avant par Husserl dans les Recherches logiques, à savoir signification = sens, se mue emblématiquement. Ce premier essai phénoménopathique est poursuivi, "transformé" dans le texte de 1989 : Le Principe d'existence, un devenir psychiatrique de la phénoménologie husserlienne, en lequel la théorie de la connaissance est globalement renversée en clinique. Si la mise en position-dans l'interne (Hebung) de la différence sens/signification était l'objectif du texte de 1982, celui de 1989 transforme cliniquement la problématique des psychiatres phénoménologues (celle du "contact" entre médecin et malade, projetée par eux dans la situation intersubjective) en endoproblématique. Le problème de la transsubstantitation du contact en tact, de la connaissance en co-naissance, du phénoménologique en phénoménopathique, etc., est prise au sérieux et aboutit à une emblématique réelle. Si l'on se réfère à la méthode intégralisatrice zigzagante, qui fait "Hebung-Aushebung-Erhebung", le texte de 1989 effectue le "zag" du "zig" constitué par le texte de 1982. L'opération d'Aushebung a pour fonction d'exprimer-en-interne l'ordre de la Hebung impressionnelle (position-dans). L'Aushebung est la dialectique réelle oeuvrant par transsubstantiation vive, et par donation engrammatique plutôt que par grammaticalisation. La "protophore" est le terme employé ici pour désigner la détermination affectuante : il s'agit d'un trope réel capable de faire vaciller cliniquement le grammatical. De 1982 à 1989, en un premier zigzag, la recherche inventive a donc fait émerger la notion de référence interne, par-delà la problématique de l'intersubjectivité. En 1990, l'ouvrage : Introduction dans l'europanalyse constitue une seconde Hebung assumant la première de 1982. L'auteur y poursuit la transsubstantiation en rebasculant le contact-en-tact de 1982 (gagné sur l"intersubjectivité) en tact immense, c'est-à-dire en europe. Ce terme désigne l'aspiration de toute problématique dans une emblématique, de toute grammaire dans une engrammatique, ou encore de toute synthèse a priori dans une analytique réelle. Bref l'Europe-philosophie déterminée et déterminant tout réflexivement bascule en europanalyse immanente. Sous l'Europe édifiée péniblement, a lieu l'effondrer en acte qui est précisément europe. Une écriture qui se veut davantage impressionnelle rend la lecture de l'ouvrage difficile, exigeant un engagement sans retenue du lecteur. Plus de fixation référentielle, comme en 1989 : la seule référence interne de la protophore est europe. L'écriture impressionnelle imprime en tact l'avancée dans le réel. Le texte de 1994 : Prolégomènes à une méthode d'europanalyse reprend contact avec le "contact-en-tact" et cherche à nouveau à endoconceptualiser europe, en une seconde Aushebung ou "zag II" qui s'hôte comme contact de toute l'emblématique du précédant tact. Du coup l'écriture redevient expressionnelle à même l'impressionnel, pointant la question de la référence réelle de l'europanalyse. Le problème de la référence interne est résolu par la méthode d'intégralisation (différenciante) au titre de l'inférence clinique, où connoter revient à dénoter et où donner s'assimile à réduire. Parallèlement temps la méthode d'invention est découverte, thématisée, développée, en attendant d'exprimer prédicativement la méthode de découverte elle-même. En effet il s'agira de désigner et de re-grammaticaliser ce qui pour l'instant appartient au registre engrammatique et antéprédicatif, à savoir un domaine d'inventivité intrinsèque de la pensée réelle. (1999)

INTEGRALISATION > Réflexion

En dehors de l'Europe philosophique qui pratique la totalisation conceptuelle, tout en générant son auto-déconstruction, il existe une troisième voie, celle de l'intégralisation. Loin de toute intégration totalisante, cette construction généralise plutôt l'intégration mathématicienne en la portant au plan qualitatif. Il s'agit donc d'une "intégrale-de-pensée" articulant des différenciations ou des "différentielles". En langage europanalytique, on dira que l'intégralisation réalise le zigzag généalytique immanent. Les concepts ne sont plus exprimés réflexivement, selon le mode d'écriture philosophique également majoritaire, mais cliniquement dans leur engrammation endoceptuelle, à rebours de la fonction de communication. L'europanalyse ne fait rien d'autre qu'imprimer qualitativement, au niveau antéprédicatif qui lui est propre, ce que les sciences scientifiques expriment quantitativement (en tant que recherche et non savoir constitué, la science participe bien de l'intégralisation). Par définition la réflexion philosophique est circulaire, à partir du problème qui lui sert de prétexte, et unitaire puisqu'elle ne peut résoudre un problème qu'en faisant Un du Deux. Sa forme est tendanciellement celle d'un système en devenir, voire le système du devenir qui culmine dans la pensée de l'histoire. A la thèse d'une fin de l'histoire réalisant le Concept (Hegel) a succédé une pensée (de la) limite tentant de faire advenir les concepts comme autant d'événements (Deleuze). Mais le but de l'europanalyse n'est pas tant la transgression philosophique, encore réflexive, qu'une analyse purement clinique en inflexion de la pensée pathologisée en réflexion. D'une part l'"éducation" du lecteur passe par son investissement dans la pensée à même la pensée, et son acceptation du réel interne absolu comme seule "(in)formation" initiale. D'autre part il faut admettre le principe d'une clinique homéopathique, procédant à même la pensée philosophique, et basée sur un "tact" sensible (tactation, palpation) beaucoup plus que sur une tactique culturellement déconstructrice. Car la dé-construction dépend en réalité de la généanalyse en zigzag (intégralisation), elle n'est qu'un mode encore post-réflexif de l'ef-fondrement immédiat en mode antéprédicatif. Même si, avec un philosophe comme Deleuze, la pensée semble dérailler des sillons prédicatifs, cela reste un phénomène de surface qui ne fait pas pénétrer dans l'interne de pensée. Seule l'europanalyse peut énoncer intégralement la loi essentielle de la forme Europe philosophie comme fondation thérapeuthique destinée à combattre une triple pathologie. Nommons d'abord exoception cette tentative d'échapper par soi-même au cercle réflexif, bien que cette dernière tendance ne fasse qu'exprimer superficiellement ce qui est imprimé emblématiquement Puis est nommée la nociception, qui accentue le déraillement exoceptif et simule des actions belliqueuses de la pensée contre elle-même, faute de connaître la véritable Aushebung qui est l'acte d'un "s'ôter" de la pensée en creusant. Vient enfin la xénoception qui consiste à vouloir assumer la réflexion - jusqu'au délire - (Hegel), en la coupant du réel, en déniant l'expérience endoceptive pourtant déjà là à même la réflexion, résistant depuis toujours au forçage culturel. La culture se présente en effet comme une intériorisation de ce qui relève en droit et en fait d'une internalisation continuée. (1999)