mercredi 12 novembre 2008

CINESTHESIQUE > Métaphore

Toute fondation (fundus) véritable engendre des lois internes. Ainsi s'avère infondé le principe de conversion idéalisante, qui marque le rapport externe du philosophique au grec, l'aliénation du philosophique à la grande politique culturelle grecque. Dans un cadre certes encore gréco-philosophique, le "principe des principes" auquel se réfère Husserl nous met sur la voie de l'endoception. La phrase : "toute intuition donatrice originaire est une source de droit pour la connaissance" par exemple, vise une réalité antéphilosophique du sens interne (sensé et sensible), d'ordre cinétique immanent et non statique transcendant comme dans la loi éidétique (re-productrice) de la perception. La figure discursive correspondant à cette exigence cinétique est la métaphore, laquelle oeuvre par suites d'appositions non attributives et permet de penser en général la co-appartenance. La métaphore du penseur échappe aussi bien à l'hybris poétique, qui simule l'attribution et la différenciation conceptuelle. C'est encore le cas de Heidegger dont les métaphores spéculatives n'atteignent jamais au statut endoceptif, réel et fini. Il faut donc intégrer la simple cinétique métaphorique dans une cinesthésique d'instinct au nom du Principe des principes, l'endoception. (1990)

BIOSPHERE > Xénopathie

L'essence de l'homme relève d'un fundus qui est l'interne, seulement dicible par une logique endoceptive. Il existe une caverne humaine qui ne doit plus rien à celle de Platon, laquelle se laisse idéaliser et totaliser en biosphère dans le monde gréco-philosophique. La xénopathie correspond à l'ordre intérieur en tant qu'anesthésié, vécu comme xenon (étrangeté), au sein de chaque biosphère individuelle ou conscience. La xénopathie n'est pas seulement pathologique, mais avant tout pathique : elle introduit des hiatus, des disjonctions comme celle de la thesis et de l'in-position, qui dévoie l'interne en intérieur ou "intériorité". Sur fond d'aneshésie, le propre de l'ordre thétique est de déchirer, d'exciser la pseudo-unité biosphérique, tout au contraire de l'imposition de base inflexive, qui préserve l'unité vivante. La vie xénopathisée se confirme en vie apathique, aplatissement de l'à-vif par la technologie réflexive (et technologique), laquelle simule la sensibilité interne en re-produisant un intérieur fermé réflexivement. D'ailleurs, la philosophie réflexive étend son empire au fur et à mesure que s'amplifie l'essence technologique de la biosphère, et que se développent les découvertes. Ainsi le veut l'unité du programme gréco-philosophique. (1990)

mardi 11 novembre 2008

ASCENDANTAL > Transcendantal

Le transcendantal kantien se fonde sur un dualisme : la séparation du règne du droit et de celui du fait. En outre, les déterminations par la connaissance s'articulent autour d'une face-sujet (noèse) et une face-objet (noème). L'"ascendantal" au contraire procède d'une logique du sens unique, comme ce qui se passe dans la relation de lignage de père en fils. D'une part, ce lien de transition interne est réel plutôt qu'imaginaire ou même logique, d'autre part il dépasse la distinction du fait et du droit, laquelle n'est justement qu'une distinction abstraite et non un ordre réel comme le lien ascendantal. (1990)

APPOSITION > Opposition

La philosophie convertit les lignes de fuite positionnelles (les significations) dans un horizon d'opposition essentiellement dialectique. Cependant, le "retour aux choses" husserlien rend justice partiellement au fundus d'où émane l'énoncé-noyau appositif. Les chose ne se donnent pas d'abord liées mais en immanence absolue, d'où elles tirent leur valeur déterminante. A partir du "je" déterminant d'autrui s'éprouve déjà le principe de sens unique ascendantal. Ce que signale la virgule appositive (dans "Paris, ville lumière", par exemple), n'est rien d'autre que la ligne d'abîme interne (ou ligne de perte) des deux termes d'apposition en l'Un du fundus. L'auto-objectivation philosophique, au contraire, se nourrit de la réciprocité relative qu'implique toute relation prédicative (avec la copule) entre le terme apposant et le terme apposé. (1990)

Bibliographie de Serge Valdinoci

Livres

1982
Les fondements de la phénoménologie husserlienne, Nijhoff
1988
Le principe d'existence. Un devenir psychiatrique de la phénoménologie, Nijhoff
1990
Introduction dans l'europanalyse. Krisis 2 : transformer la phénoménologie de Husserl pour fonder la philosophie, Paris, Aubier
1994
Prolégomènes à une méthode d'europanalyse, Paris, L'Harmattan
1995
Vers une méthode d'europanalyse, Paris, L'Harmattan
1996
La traversée de l'immanence. L'europanalyse ou la méthode de la phénoménologie, Paris, Kimé
1997
La Science première, une pensée pour le présent et l'avenir, Paris, L'Harmattan
1999
Abrégé d'europanalyse : la pensée analytique et continentale, Paris, L'Harmattan (AE *)
2001
L'europanalyse et les structures d'une autre vie, Paris, L'Harmattan
2003
Merleau-Ponty dans l'invisible. L'Oeil et l'esprit au miroir du Visible et l'invisible, Paris, L'Harmattan
2008
Phénoménologie affective. Essai d'europanalyse appliquée, Paris, L'Harmattan


Articles

1977
Décomposition et recomposition phénoménologiques (Les Etudes philosophiques, n°1)
Mallarmé : le cheminement poétique vers le Livre (Revue de Métaphysique et de Morale, n°3)
1978
Les Incertitudes de l'Archéologie : Archè et Archive (Revue de Métaphysique et de Morale, n°1)
The Formation of Husserl’s Concept of Constitution de R.Sokolowski (Revue de Métaphysique et de Morale, n°4)
1979
Phénoménologie et téléologie reprise des questions de fond (Analecta Husserliana, vol.IX, 169-182, Tymieniecka (ed.), 1979, D. Reidel Publishing Company, Dordrecht, Holland)
Vers la Fin des discours (Les Etudes philosophiques, n°4)
1982
La philosophie du déclin de la philosophie et l'idée de nouveau monde (Revue Universitaire des Marches de l'Est, Septembre 1982. N spécial : Déclin de la civilisation ?)
Cette Insensée Philosophie… (Revue de Métaphysique et de Morale, n°3)
1986
Psychiatrie et psychiatrie phénoménologique. Binswanger, une métaphysique de la psychiatrie (L’Evolution psychiatrique, Tome 51, Fascicule 4)
1987
Derechef. Qu'est-ce que s'orienter dans la pensée ? (le Cahier du CIPH, n°4)
Au-delà du principe de philosophie (La décision philosophique n°1)
L'Un, une nouvelle condition de pensée (DPh n°3)
1988
La naissance de la science à l'époque de la philosophie en Europe (DPh n°5)
1989
Tout va bien ! (DPh n°7)
La science de l'homme immense (DPh n°9)
1990
Le Concept de clinique généralisée (Revue internationale de psychopathologie, n°1)
Le principe d'anarchie subjective et la psychiatrie (in Sujet et subjectivité, Erès)
Ariane, petite musique (Lettres philosophiques n°1)
1991
L'amour incisif (Lettres philosophiques n°2)
Une psychiatrie essentielle (in Psychiatrie et existence, décade de Cerisy, septembre 1989, Jérôme Millon, Grenoble, 1991)
1992
Le Transcendantal d'existence en psychiatrie (in Figures de la subjectivité, Editions du CNRS)
1993
Propos sur la crise de la philosophie (entretien : G.C. Kponsou, Lettres philosophiques n°6)
1995
La non-philosophie, l'europanalyse et Husserl (La non-philosophie des contemporains, Kimé)
Vers l'autre démarche : Ruyer, Merleau-Ponty, Deleuze (in R. Ruyer, de la science à la théologie, Kimé)
1997
L'économie du sacrifice (conférence prononcée à l'occasion centenaire de la naissance de Georges Bataille - réf. inconnue)
2006
La terre interceptée (revue L'homme précaire)

ANALECTE > Apposition

Les sciences offrent un exemple de langage analectique qui, sans se ruiner dans le fragment spatialisé ou l'aphorisme, dépasse la dialectique systématico-philosophique. Le langage de connaisance (co-naissance) n'a qu'une épaisseur culturelle résiduelle ; transparent par nature, solidaire de son objet, il s'article intimement au réel sur le mode de l'apposition. Ce procédé assume également l'articulation externe des modèles et du réel (apparemment extérieur) dans les formulations de la science. Délaissant les oppositions critico-spéculatives, les sciences apposent ou juxtaposent "simplement" un élément déterminant avec un élément déterminé. Par exemple, dans ce qui ne saurait constituer un "système" des sciences, les mathématiques forment l'instance déterminante à laquelle se juxtaposent des sciences physiques qui sont autant d'interprétations de cette première instance. Le concept d'analecte ainsi formé dépasse le sens habituellement gréco-culturel des Analecta, d'après le mot "analectos" qui signifie recueilli. Au regard de la dimension d'abord religieuse ou néo-religieuse du recueillement, qui se veut accueil de/dans la transcendance, l'analectique scientifique offre le principe d'une conversion ascendantale ou à sens unique, qui est connaissance non idéalisée et non-grecque. Elle fait droit à un mode d'"apparessence" interne ou réel, très différent du processus d'"apparaissance" phénoménologique grec, fondé sur la révélation théorique d'une lumière proposée à la perception ou l'entendement. Mais les Analecta désignent aussi les paroles du maître, recueillies et apposées les unes aux autres, dont le sens et la présence incontournables tiennent au hiatus préservé entre les morceaux choisis. Loin de se nouer en discours expressif, les lignes de significations se perdent et retournent au creux du fundus ainsi désigné. L'europanalyse est le discours analectique amplifiant et généralisant l'énoncé-noyau appositif. (1990)

lundi 10 novembre 2008

Présentation

L'Europanalyse désigne moins une doctrine personnelle qu'une méthode de pensée, découverte ou "inventée" par le philosophe contemporain Serge Valdinoci (Université de Reims). On trouvera dans ce blog une ébauche de lexique composé(*) à partir des livres de cet auteur, particulièrement méconnu, évidemment difficile - voire obscur, dirons ses détracteurs - mais d'une fécondité et d'une puissance de conception tout à fait hors norme. Contrairement aux "lexiques" à vocation pédagogique qui prolifèrent aujourd'hui, ce travail ne vise nullement à simplifier ou même à clarifier la pensée de Valdinoci ; plutôt il en accentue le caractère à la fois dense et vertigineux, d'une part en se concentrant (littéralement) sur le seul vocabulaire, d'autre part en se prenant au jeu d'une écriture en invention. Il s'agit donc de relever le gant et de se déclarer pour le moins candidat à la lecture.

Europanalyse et Non-Philosophie

Compagnon de route de François Laruelle dans les années 80, Serge Valdinoci s'est très vite affranchi de toute référence à la non-philosophie, pour développer une théorie indépendante et, dans une certaine mesure, antithétique avec celle de Laruelle. Certes, Valdinoci reprend l'hypothèse non-philosophique du Réel immanent, mais s'écarte pourtant de la non-philosophie laruellienne sur un point essentiel : l'"In" (ou l'"interne") qui remplace ici l'Un, est une instance de co-naissance vécue, soit la pensée même comme invention réelle. Pour Valdinoci, l'"Un" désigne bien le Réel absolu comme étant l'impensé gréco-philosophique, mais se limite à cette fonction de désignation sans introduire véritablement au réel de pensée. L'"europe" (avec une minuscule) est l'autre nom de cette équivalence du réel et de la pensée, mais posée en immanence, et non dans le rapport transcendantal de l'intérieur et de l'extérieur, comme en Europe-philosophie. Cette dernière expression (avec une majuscule) désigne le phénomène culturel gréco-judaïque sous sa forme maîtresse qu'est justement la philosophie ou la pensée conceptuelle. Tandis qu'en europe immanente, réelle, prédomine une pensée antéprédicative et antéculturelle qui, à la vérité, est la source vive de la rationalité philosophique. C'est l'Europe philosophie qui est prélevée sur l'europe réelle, de sorte que la problématique du fondement le cède à celle d'un "ef-fondrement" plus abyssal, en l'interne. Seulement, pour cerner cette essence européenne de la philosophie, par-delà son marquage et son origine culturels grecs, il faut procéder à une analyse réelle, à une "europanalyse" de la philosophie : oeuvrant dans le noir de l'effondré vertical européen, plutôt que dans le jour horizontal de l'Europe philosophie (dont "les Lumières" ne sont qu'une occurrence), la pensée analytique réelle se meut dans une naïveté culturelle radicale.
Valdinoci reproche d'ailleurs à la non-philosophie de concourir à une "couverture culturelle à structure philosophique", et de ne pas se plier à une autonomie de pensée suffisante. Inversement, Laruelle ne voit dans l'europanalyse qu'une "philosophie de l'immanence". Aux yeux du non-philosophe, l'europanalyse reconduit un défaut majeur de la forme-philosophie, à savoir la circularité de l'auto-référence et de l'autonomie, disons de l'auto- en général, car même produite en interne ou en immanence, la pensée inventive du réel n'équivaudra jamais à la pensée selon le Réel - dernière instance qu'il est hors de question, justement, de confondre avec la pensée... Quant aux philosophes français contemporains - qu'ils soient néo-analytiques, post-nietzschéens, déconstructeurs, phénoménologues - ils n'ont tout simplement, à notre connaissance, pas jugé utile d'ouvrir un seul livre de Valdinoci.

(*) Les textes sont rédigés à partir de notes de lecture et ne comportent pas de citations. La valeur "scientifique" universitaire d'un tel travail est donc nulle, ce qui (europanalytiquement) n'est guère problématique.