jeudi 11 décembre 2008

INTEGRALISATION > Réflexion

En dehors de l'Europe philosophique qui pratique la totalisation conceptuelle, tout en générant son auto-déconstruction, il existe une troisième voie, celle de l'intégralisation. Loin de toute intégration totalisante, cette construction généralise plutôt l'intégration mathématicienne en la portant au plan qualitatif. Il s'agit donc d'une "intégrale-de-pensée" articulant des différenciations ou des "différentielles". En langage europanalytique, on dira que l'intégralisation réalise le zigzag généalytique immanent. Les concepts ne sont plus exprimés réflexivement, selon le mode d'écriture philosophique également majoritaire, mais cliniquement dans leur engrammation endoceptuelle, à rebours de la fonction de communication. L'europanalyse ne fait rien d'autre qu'imprimer qualitativement, au niveau antéprédicatif qui lui est propre, ce que les sciences scientifiques expriment quantitativement (en tant que recherche et non savoir constitué, la science participe bien de l'intégralisation). Par définition la réflexion philosophique est circulaire, à partir du problème qui lui sert de prétexte, et unitaire puisqu'elle ne peut résoudre un problème qu'en faisant Un du Deux. Sa forme est tendanciellement celle d'un système en devenir, voire le système du devenir qui culmine dans la pensée de l'histoire. A la thèse d'une fin de l'histoire réalisant le Concept (Hegel) a succédé une pensée (de la) limite tentant de faire advenir les concepts comme autant d'événements (Deleuze). Mais le but de l'europanalyse n'est pas tant la transgression philosophique, encore réflexive, qu'une analyse purement clinique en inflexion de la pensée pathologisée en réflexion. D'une part l'"éducation" du lecteur passe par son investissement dans la pensée à même la pensée, et son acceptation du réel interne absolu comme seule "(in)formation" initiale. D'autre part il faut admettre le principe d'une clinique homéopathique, procédant à même la pensée philosophique, et basée sur un "tact" sensible (tactation, palpation) beaucoup plus que sur une tactique culturellement déconstructrice. Car la dé-construction dépend en réalité de la généanalyse en zigzag (intégralisation), elle n'est qu'un mode encore post-réflexif de l'ef-fondrement immédiat en mode antéprédicatif. Même si, avec un philosophe comme Deleuze, la pensée semble dérailler des sillons prédicatifs, cela reste un phénomène de surface qui ne fait pas pénétrer dans l'interne de pensée. Seule l'europanalyse peut énoncer intégralement la loi essentielle de la forme Europe philosophie comme fondation thérapeuthique destinée à combattre une triple pathologie. Nommons d'abord exoception cette tentative d'échapper par soi-même au cercle réflexif, bien que cette dernière tendance ne fasse qu'exprimer superficiellement ce qui est imprimé emblématiquement Puis est nommée la nociception, qui accentue le déraillement exoceptif et simule des actions belliqueuses de la pensée contre elle-même, faute de connaître la véritable Aushebung qui est l'acte d'un "s'ôter" de la pensée en creusant. Vient enfin la xénoception qui consiste à vouloir assumer la réflexion - jusqu'au délire - (Hegel), en la coupant du réel, en déniant l'expérience endoceptive pourtant déjà là à même la réflexion, résistant depuis toujours au forçage culturel. La culture se présente en effet comme une intériorisation de ce qui relève en droit et en fait d'une internalisation continuée. (1999)