lundi 10 novembre 2008

Présentation

L'Europanalyse désigne moins une doctrine personnelle qu'une méthode de pensée, découverte ou "inventée" par le philosophe contemporain Serge Valdinoci (Université de Reims). On trouvera dans ce blog une ébauche de lexique composé(*) à partir des livres de cet auteur, particulièrement méconnu, évidemment difficile - voire obscur, dirons ses détracteurs - mais d'une fécondité et d'une puissance de conception tout à fait hors norme. Contrairement aux "lexiques" à vocation pédagogique qui prolifèrent aujourd'hui, ce travail ne vise nullement à simplifier ou même à clarifier la pensée de Valdinoci ; plutôt il en accentue le caractère à la fois dense et vertigineux, d'une part en se concentrant (littéralement) sur le seul vocabulaire, d'autre part en se prenant au jeu d'une écriture en invention. Il s'agit donc de relever le gant et de se déclarer pour le moins candidat à la lecture.

Europanalyse et Non-Philosophie

Compagnon de route de François Laruelle dans les années 80, Serge Valdinoci s'est très vite affranchi de toute référence à la non-philosophie, pour développer une théorie indépendante et, dans une certaine mesure, antithétique avec celle de Laruelle. Certes, Valdinoci reprend l'hypothèse non-philosophique du Réel immanent, mais s'écarte pourtant de la non-philosophie laruellienne sur un point essentiel : l'"In" (ou l'"interne") qui remplace ici l'Un, est une instance de co-naissance vécue, soit la pensée même comme invention réelle. Pour Valdinoci, l'"Un" désigne bien le Réel absolu comme étant l'impensé gréco-philosophique, mais se limite à cette fonction de désignation sans introduire véritablement au réel de pensée. L'"europe" (avec une minuscule) est l'autre nom de cette équivalence du réel et de la pensée, mais posée en immanence, et non dans le rapport transcendantal de l'intérieur et de l'extérieur, comme en Europe-philosophie. Cette dernière expression (avec une majuscule) désigne le phénomène culturel gréco-judaïque sous sa forme maîtresse qu'est justement la philosophie ou la pensée conceptuelle. Tandis qu'en europe immanente, réelle, prédomine une pensée antéprédicative et antéculturelle qui, à la vérité, est la source vive de la rationalité philosophique. C'est l'Europe philosophie qui est prélevée sur l'europe réelle, de sorte que la problématique du fondement le cède à celle d'un "ef-fondrement" plus abyssal, en l'interne. Seulement, pour cerner cette essence européenne de la philosophie, par-delà son marquage et son origine culturels grecs, il faut procéder à une analyse réelle, à une "europanalyse" de la philosophie : oeuvrant dans le noir de l'effondré vertical européen, plutôt que dans le jour horizontal de l'Europe philosophie (dont "les Lumières" ne sont qu'une occurrence), la pensée analytique réelle se meut dans une naïveté culturelle radicale.
Valdinoci reproche d'ailleurs à la non-philosophie de concourir à une "couverture culturelle à structure philosophique", et de ne pas se plier à une autonomie de pensée suffisante. Inversement, Laruelle ne voit dans l'europanalyse qu'une "philosophie de l'immanence". Aux yeux du non-philosophe, l'europanalyse reconduit un défaut majeur de la forme-philosophie, à savoir la circularité de l'auto-référence et de l'autonomie, disons de l'auto- en général, car même produite en interne ou en immanence, la pensée inventive du réel n'équivaudra jamais à la pensée selon le Réel - dernière instance qu'il est hors de question, justement, de confondre avec la pensée... Quant aux philosophes français contemporains - qu'ils soient néo-analytiques, post-nietzschéens, déconstructeurs, phénoménologues - ils n'ont tout simplement, à notre connaissance, pas jugé utile d'ouvrir un seul livre de Valdinoci.

(*) Les textes sont rédigés à partir de notes de lecture et ne comportent pas de citations. La valeur "scientifique" universitaire d'un tel travail est donc nulle, ce qui (europanalytiquement) n'est guère problématique.