lundi 24 novembre 2008

EVENEMENT > Culture

On sait que la pensée de l'événement caractérise, globalement, l'ontologie du XXè siècle. Il s'agit moins d'une appréhension immanente du réel - malgré la proximité de l'interne, ou de l'immédiat, avec l'événementiel - que d'une manière encore philosophique et surtout culturelle de rejeter le réel comme interne, et de positionner la pensée par rapport à l'événement. De là le modèle cognitiviste en vigueur qui explique la fabrication de la pensée à partir des événements extérieurs. Plutôt que de lui opposer un humanisme éculé, considérons justement l'aspect événementiel de cette pensée de l'événement pour tout le XXè siècle, au point que c'est le XXè siècle - intrinsèquement - qui désormais peut-être dit événement majeur pour la pensée. Il y a une pensée-XXè siècle - l'ontologie de l'événement ou la fin de l'ontologie comme événement - qui se confond avec l'être-en-culture ou ce qu'on appelle par ailleurs la "sécularisation de la pensée", la culture n'étant plus ce qui est à penser mais le phénomène même de la pensée. Et c'est l'Europe dominante (américanisée, mondialisée, etc.) qui est censée incarner culturellement (commercialement, etc.) les vieilles représentations philosophiques de l'Etre à peine modernisées (l'entreprise, le marché, etc.), et donc la philosophie elle-même. Cependant, au-delà de cet événement culturel XXè siècle en Europe philosophie, il faut tenir compte de l'événement de pensée intrinsèque qui concerne l'europanalyse, et qui se forme à même la base antéprédicative de la pensée. Le réel ni ne se "pose" (à l'ancienne) ni ne parle ou "communique" (à la manière contemporaine, qui confond encore l'être et le réel via l'événement). La "logique" du réel n'est pas celle de l'Entziehen heideggerien, qui consiste simplement à se retirer ou se retrancher, mais celle de l'Aushebung au sens bien précis de s'ef-fondrer à même l'antéprédicatif. L'Aushebung consiste à effectuer une surrection-dans, une insurrection plus profonde et plus conséquente que les transgressions contemporaines qui se contentent d'utiliser l'abîme (en l'espèce, événementiel : le Mal, la Shoa, etc.) sans s'abîmer dans l'événement de la pensée. (1999)