mardi 11 novembre 2008

ANALECTE > Apposition

Les sciences offrent un exemple de langage analectique qui, sans se ruiner dans le fragment spatialisé ou l'aphorisme, dépasse la dialectique systématico-philosophique. Le langage de connaisance (co-naissance) n'a qu'une épaisseur culturelle résiduelle ; transparent par nature, solidaire de son objet, il s'article intimement au réel sur le mode de l'apposition. Ce procédé assume également l'articulation externe des modèles et du réel (apparemment extérieur) dans les formulations de la science. Délaissant les oppositions critico-spéculatives, les sciences apposent ou juxtaposent "simplement" un élément déterminant avec un élément déterminé. Par exemple, dans ce qui ne saurait constituer un "système" des sciences, les mathématiques forment l'instance déterminante à laquelle se juxtaposent des sciences physiques qui sont autant d'interprétations de cette première instance. Le concept d'analecte ainsi formé dépasse le sens habituellement gréco-culturel des Analecta, d'après le mot "analectos" qui signifie recueilli. Au regard de la dimension d'abord religieuse ou néo-religieuse du recueillement, qui se veut accueil de/dans la transcendance, l'analectique scientifique offre le principe d'une conversion ascendantale ou à sens unique, qui est connaissance non idéalisée et non-grecque. Elle fait droit à un mode d'"apparessence" interne ou réel, très différent du processus d'"apparaissance" phénoménologique grec, fondé sur la révélation théorique d'une lumière proposée à la perception ou l'entendement. Mais les Analecta désignent aussi les paroles du maître, recueillies et apposées les unes aux autres, dont le sens et la présence incontournables tiennent au hiatus préservé entre les morceaux choisis. Loin de se nouer en discours expressif, les lignes de significations se perdent et retournent au creux du fundus ainsi désigné. L'europanalyse est le discours analectique amplifiant et généralisant l'énoncé-noyau appositif. (1990)